Attendue telle l'Arlésienne,
voici enfin la critique du film La
Légende de Beowulf de Robert
Zemeckis.
Je vais faire cela simplement :
c'est une nullité. Et une nullité numérique. En effet, le réalisateur ne s'est
pas donné la peine de tourner un film, il a préféré réaliser une cinématique. Même
pas un film d'animation, non ; regarder les 1h40 de Beowulf, c'est comme s'être mis devant une cinématique Blizzard mais
en plus long et sur grand écran…
Il est donc difficile de parler
de film et plus encore de cinéma.
Ensuite se pose la question de la
compréhension du poème (je préfère supposer que quelqu'un de l'équipe l'a lu
mais je ne garantie rien). Le sens du poème a complètement échappé à Zemeckis ;
mais je dois souligner une bonne idée de sa part : faire de Beowulf une allégorie de la Faute du
Pouvoir. Manque de chance, parmi les critiques le poème est interprété comme un
manuel du bon roi.
D'autre part, si le film replace
bien l'intrigue dans son époque (environ le VIIème après J-C), les
codes de l'époque et du poème ont eux été oubliés. Voire pire, ce sont nos
codes qui s'appliquent dans cette époque ! Et là forcément, Beowulf peut
tomber amoureux de la Reine (ce qui est impensable dans la mentalité héroïque
germanique). Nous avons même droit à une scène d'anthologie émouvante :
Beowulf tendre aux pied de la Reine… Si ce n'est pas mignon !
Je note l'association, apparemment
obligatoire, entre païen et paillard et chrétien et civilisé. Point de vue
intéressant, mais évitons l'écueil politique qui sous tend un tel discours,
cela pourrait nous faire dire que l'Occident regarde son nombril pour mieux
cracher sur le reste du Monde… c'est hors de propos ici, bien entendu.
Toujours concernant le rendu
réaliste de l'époque, j'indique en passant que Heorot était en bois et non en
pierre (détail archéologique vous me direz). Quant au château de Beowulf, je
tiens à rencontrer l'architecte, il était doué… Enfin passons, je suis
tatillon. Ah, j'oubliais : il faudra dire au costumier que les talons
aiguilles n'existaient pas, Angelina Jolie n'en a donc pas besoin.
Une critique que j'ai lue (http://forums.univ-nancy2.fr/viewtopic.php?t=4104&sid=a84fbfba32cc3893bf590942f42bbf08)
précise le nombre important de références et de sources du comique. L'auteur de
cette critique parle même « dimension parodique ». Je me pose alors
une question : pourquoi ris-jé jaune ?
Beowulf n'est pas en soi un sujet comique et le traitement
parodique de Zemeckis laisse à désirer. Pour rire sur des sujets médiévaux,
voir ou revoir Monthy Python, Sacrée
Graal ou même Sacré Robin des Bois
de Mel Brooks.
Et dans le cas où le film est une
parodie, quel est l'intérêt du sérieux des dialogues ? Pourquoi avoir
tenté un souffle héroïque ? Je ne saisis pas.
Parlons en donc des dialogues ;
ils relèvent d'un étrange mélange entre des répliques hollywoodiennes
classiques et éculées et des reprises voire des citations du poème anglo-saxon.
Un problème de souffle épique peut-être ?
A croire sérieusement que l'équipe
de Beowulf est de mèche (si ce n'est
la même) avec celle de Troie (avec
Brad Pitt et Orlando Bloom) et d'Eragon.
Au moins nous échappons au catastrophique générique de fin (la bande son est
insipide).
Mention spéciale à John
Malkovitch en Unferth, il sauve son personnage. Cela doit être dur de bien
jouer dans un tel navet !
Beowulf représente au final 1h40 et 7€ de perdu ! C'est
beaucoup. Même pour se détendre je ne le conseille pas. Un bon épisode de
Derrick est plus intéressant !
Bref, le film est nul, ruez-vous
sur le poème plutôt.
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